Exposition // The Human Cost – Pablo E. Piovano

Le coût humain des agrotoxines.

Exposition du 29 août au 28 septembre 2019

Mardi 10 septembre // 18h : Rencontre et signature avec le photographe

Mardi 24 septembre // à partir de 18h : Apéro et rencontre avec l’association Terre de Liens île-de-France autour des alternatives pour une agriculture biologique et paysanne, respectueuses des hommes et de l’environnement

A partir de 19h : Projection du documentaire « Le Grain et l’Ivraie » de Fernando Solanas. Projection à la salle Jean Damme, 17 rue Léopold Bellan (en face de l’atelier)

En 1996, le gouvernement argentin a approuvé la commercialisation du soja transgénique et l’utilisation du glyphosate. L’Argentine a autorisé la culture des OGM (organismes génétiquement modifiés) sans mener ses propres recherches, en prenant pour unique preuve scientifique les études publiées par la société Monsanto. Depuis lors, le pays est devenu un champ d’expérimentation. En 2015, après presque 20 ans, 84 millions de gallons d’agrotoxines, dont certaines sont interdites dans de nombreux pays du monde, sont pulvérisés sur plus de 24,5 millions d’hectares. Selon les informations recueillies dans les villes où les cultures ont été pulvérisées, 13,4 millions de personnes sont touchées. Malformations congénitales, fausses couches, cancers, handicaps mentaux…  L’Argentine a l’un des taux d’utilisation d’agrotoxines par personne les plus élevés de la planète. Des centaines d’études dans le monde scientifique montrent les dommages causés par les les agrotoxines sur l’homme et l’environnement. D’importants médias ont délibérément dissimulé de manière perverse le nombre scandaleux de personnes atteintes et sont ainsi devenues les complices des véritables responsables : Monsanto, politiciens, importants propriétaires terriens et réseaux d’échange de semences.
Monte Maíz, province de Córdoba. Alfredo Cerán a travaillé pendant neuf ans comme applicateur de produits agrochimiques dans les champs de soja. Ses ongles ont été brûlés, il souffre actuellement d’une cirrhose non alcoolique ainsi que de trois hernies discales. Ses résultats médicaux ont montré des résidus de glyphosate, de chlorpyrifos, d’azatrine, de 2,4-D et de cyperméthrine dans son sang. 23 septembre 2015.

 

Villa Dolores, province de Cordoba. Champ de pommes de terre après la récolte. 17 septembre 2015.

 

Basavilbaso, province d’Entre Rios. Fabian Tomasi et sa famille. 2014-2017.

 


Terre sacrée. Un génocide au compte-gouttes.

J’ai entamé ce travail fin 2014. Les rapports communiqués par « Red de Médicos de Pueblos Fumigados » étaient accablants. L’ensemble des médias ont à peine évoqué le sujet. Ils continuent de démentir l’existence du problème, en connivence avec le pouvoir politique et les nombreuses firmes agroalimentaires qui les font taire au moyen d’intérêts publicitaires.

A l’époque, il n’existait pratiquement aucune publication, si ce n’est dans quelques médias alternatifs ou dans la presse étrangère. Le silence était de mise.

Je décidai donc de partir et de documenter seul la réalité de la santé des personnes qui habitent les villages sujets aux épandages toxiques.

Dans un premier temps, je me suis rendu à 400 kilomètres de Buenos Aires, où vit Fabian Tomasi. Basavilbaso est une ville de 10 000 habitants située dans la dite « Pampa Gringa » où s’étaient installés les immigrants fuyant la guerre au début du 20e siècle. Rencontrer Fabian fut lumineux, si je puis dire. Son corps fragile, déchiré par les poisons était un cri de détresse qui bouleverse notre conscience et qui, dans notre inconscient, nous envoie dans ces « champs d’extermination ».

J’ai été surpris par la pureté et la vivacité de son esprit tout comme par la dignité de celui qui donne sa vie et qui, avec lucidité, accepte son destin. Fabian, étrangement, fait preuve d’humour et de bonne humeur. Je ne l’ai jamais entendu se plaindre des douleurs alors qu’il ne peut quasiment plus se déplacer seul et que la moindre activité quotidienne nécessite l’ai de sa mère, Bethy. Il ne ressent pas de rancœur mais une profonde colère contre la cupidité de l’homme. Il m’était évident que le gros des efforts fournis par Fabian l’étaient à l’attention de de sa fille, Nadia, pour lui donner un exemple de courage, triomphant.

Malgré lui, Fabian est devenu le plus important symbole de la lutte contre l’agrochimie.

Discuter avec Fabian durant quatre jours m’a permis de prendre la mesure du problème et de repérer sur une carte les lieux où interviewer physiciens, scientifiques, environnementalistes et personnes touchées. Je poursuivis ma route et visitai plusieurs villages situés dans les provinces de Entre Rios, Chaco et Misiones. Lorsque j’arrivai sur la côte et dans le nord, le paysage devint de plus en plus tragique.

Il était très facile, dans les zones impactées, de rencontrer des personnes atteintes. Une rencontre menait à une autre. Des dizaines et des dizaines de personnes m’ont ouvert leur porte et je me retrouvais, encore et encore, face aux mêmes souffrances : malformations congénitales, fausses-couches et cancers. Au fond de moi, je pris conscience que la répétition des mêmes scénarios, des mêmes maladies, ces visages déformés menaient en réalité à une seule et même tragédie, un génocide au compte-gouttes, un génocide insidieux.

L’année suivante, j’empruntai la même route et au cours des voyages suivants, j’élargis le terrain d’investigation à d’autres provinces. Durant tout ce travail de recherche, le lien entre les maladies et la proximité des cultures massivement fumigées, devint une évidence. Endosulfan, methamidophos, chlopyrifos, DDT, atrazine, 2,4-D (un composant de l’Agent Orange utilisé pendant la Guerre du Vietnam), parmi d’autres, sont utilisés dans ce pays malgré l’interdiction de certains d’entre eux. L’agrochimie, avec ses cultures OGM et ses technologies, a mis fin à la diversité des semences que les cultures d’Amérique échangeaient depuis des millénaires. Ce qui implique, outre la perte considérable des richesses de la terre, le déplacement des populations autochtones et une exploitation intensive des forêts naturelles. Ce qui a toujours été alimentation et énergie vitale pour l’homme n’est plus, aujourd’hui, que marchandises et business ? (spéculation ?)

Comment est-il imaginable que toutes les richesses du monde ne profitent qu’à quelques-uns ?

Celui qui contrôle notre alimentation, contrôle notre santé. Et s’ils contrôlent notre santé, ils contrôlent aussi notre liberté.

Il est impératif que nous recouvrions la mémoire et prenions à nouveau conscience que la terre est notre mère. La vie est sacrée.

Pablo E. Piovano

 

Colonia Alicia, province de Misiones. Ademir Gotin souffre d’un grave handicap mental. 2014-2015.

 

Colonia Alicia, province de Misiones, Argentine. 15 avril 2015.

 


 

Pablo Piovano est né à Buenos Aires en 1981. Il travaille comme photographe chez Página/12 depuis l’âge de 18 ans. En 2005 et 2014, Pablo a reçu une bourse de la Fundación García Márquez. Il est le lauréat de nombreuses récompenses, notamment le prix Phillip Jones Griffiths Foundation, le premier prix de ‘The Manuel Rivera Ortiz Foundation’ au Festival de New York, il a été récompensé au Festival Internacional de la Imagen (FINI) au Mexique et a obtenu la 3ème place de la Picture Of the Year Latin America. Il était lauréat du Prix Henri Nannen en 2018.

The Human Cost of Agrotoxins a fait l’objet de nombreuses expositions de par le monde, notamment à Berlin, Allemagne, au Luxembourg et bien-sûr en Argentine.

Le photographe a remporté le Greenpeace Photo Award et a documenté dernièrement les conflits de ressources et les droits des indigènes en Patagonie.                                                         Patagonia – Territory in conflict est actuellement exposée à Berlin.

San Salvador, province d’Entre Rios. Teresita est la mère de deux enfants. Elle se remet d’une opération. On a retiré de sa tête une croissance osseuse de 1 x 0,5 cm. Elle habite près d’une usine de traitement du grain qui ventile et conditionne le riz puis le livre avec des camions imprégnés de déshydratants et de fongicides. Sa maison se trouve dans l’un des quartiers qui enregistre un des taux les plus élevés de cas de cancer de la ville de San Salvador. 20 novembre 2014.

 

Avia Terai, procince de Chaco. 01 décembre 2014.
Fracrán, Province de Misiones. Depuis l’âge de sept ans, Jessica Sheffer souffre d’une malformation au tendon qui l’empêche de se tenir debout. Sa mère, Ramona Angelica de Lima, d’origine africaine, a six enfants. Elle et son mari sont venus en ville il y a 30 ans, alors que quelques rares familles y habitaient. Fracrán est une zone de production de tabac où le 2,4-D, le bromure de méthyle et d’autres herbicides et fongicides sont largement utilisés. 11 décembre 2014.